La révision d'un loyer commercial engage des montants souvent significatifs, et une erreur de calcul peut coûter cher aux deux parties. L'Indice des Loyers Commerciaux (ILC) publié par l'Insee sert de référence légale pour ajuster ces loyers, mais sa méthode de calcul a évolué en 2022, et tous les professionnels ne maîtrisent pas encore les nouvelles règles.
Nous allons détailler la formule actuelle, expliquer comment l'appliquer concrètement, et analyser les dernières tendances qui impactent directement la rentabilité de votre local commercial.
Comment est calculé l'ilc insee et quelle est sa formule actuelle
La composition de l'ILC jusqu'au 3ème trimestre 2021
Avant octobre 2021, l'ILC reposait sur trois composantes économiques distinctes. Cette formule combinait 50 % de l'indice des prix à la consommation hors tabac et loyers, calculé sur une moyenne mobile de 12 mois. Elle intégrait également 25 % de l'indice du coût de la construction (ICC), établi sur une moyenne de 4 trimestres.
Le dernier quart provenait de l'indice du chiffre d'affaires du commerce de détail, corrigé des variations saisonnières (ICAVaCD), mesuré sur 12 mois. Cette approche visait à refléter simultanément l'inflation générale, les coûts de construction immobilière et la santé économique du secteur commercial.
La base de référence était fixée à 100 au premier trimestre 2008. Les moyennes glissantes permettaient d'atténuer les variations brutales d'un mois ou d'un trimestre sur l'autre.
La nouvelle méthode de calcul depuis le 4ème trimestre 2021

Le décret n° 2022-357 du 14 mars 2022 a modifié la formule de calcul. Désormais, l'ILC se base uniquement sur deux indicateurs : 75 % de l'indice des prix à la consommation hors tabac et loyers (moyenne sur 12 mois) et 25 % de l'indice du coût de la construction (moyenne sur 4 trimestres). L'ICAVaCD a été supprimé.
L'évolution obtenue s'applique ensuite à la valeur de l'ILC du même trimestre de l'année précédente. Cette modification simplifie la structure tout en maintenant un lien avec l'inflation ressentie par les consommateurs et les variations du secteur du bâtiment.
Le rôle des moyennes glissantes dans le lissage des fluctuations
Les moyennes mobiles constituent un mécanisme central du calcul de l'ILC. Pour les indices mensuels comme l'IPC, la moyenne porte sur 12 mois consécutifs. Cette période permet d'absorber les pics saisonniers ou ponctuels.
Pour l'ICC, publié trimestriellement, la moyenne s'étend sur quatre trimestres. Ce procédé évite qu'une hausse ou une baisse temporaire des coûts de construction ne génère un effet disproportionné sur le montant final du loyer.
| Composante | Période de calcul |
|---|---|
| Indice des prix à la consommation (IPC) | Moyenne mobile 12 mois |
| Indice du coût de la construction (ICC) | Moyenne mobile 4 trimestres |
Les composantes de l'indice et leur pondération
Depuis fin 2021, la pondération se répartit entre deux piliers principaux. L'indice des prix à la consommation représente les trois quarts du calcul, reflétant ainsi l'évolution du pouvoir d'achat et de l'inflation générale. Le dernier quart revient au coût de la construction, qui traduit les variations des matériaux et de la main-d'œuvre dans le bâtiment.
Cette répartition accorde une prépondérance à l'inflation quotidienne, car elle affecte directement la rentabilité des commerces et la capacité de paiement des locataires. Le poids réduit de l'ICC limite l'impact des fluctuations parfois déconnectées de la réalité économique du commerce de détail.
Comment utiliser l'ILC pour réviser un loyer commercial en pratique
Simulateur de révision de loyer ILC
* Ce simulateur utilise les valeurs officielles de l'Insee mentionnées dans l'article. Formule : Loyer actuel × (Nouvel ILC / Ancien ILC).
Les étapes de calcul de la révision du loyer
La première étape consiste à repérer le trimestre de référence mentionné dans le bail commercial. Ce trimestre détermine la valeur de l'ILC à utiliser pour le calcul. Vous devez ensuite récupérer la valeur de l'ILC du trimestre de révision et celle du même trimestre de l'année précédente, publiées par l'Insee au Journal Officiel.
Une fois ces chiffres en main, appliquez la formule de révision. Multipliez le montant actuel du loyer par le rapport entre l'ILC du trimestre de révision et l'ILC du même trimestre un an plus tôt. Le résultat donne le nouveau montant à facturer.
La formule de révision et son application concrète
La formule légale se présente ainsi : Nouveau loyer = Loyer actuel × (ILC du trimestre de révision / ILC du même trimestre de l'année précédente). Cette méthode garantit une indexation proportionnelle à l'évolution de l'indice sur 12 mois.
Prenons un exemple chiffré. Si votre loyer actuel s'élève à 10 000 € et que l'ILC du trimestre de référence était de 137,71 l'année dernière, alors qu'il atteint 137,09 cette année, le calcul devient : 10 000 × (137,09 / 137,71) = 9 955 €. Vous constatez une baisse de 0,45 %, rare mais conforme aux dernières publications de l'Insee.
Les obligations légales de notification au locataire
Après avoir calculé le nouveau montant, vous devez notifier le locataire par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette notification doit intervenir dans le mois suivant la publication officielle de l'ILC au Journal Officiel. Le respect de ce délai garantit l'opposabilité de la révision.
La lettre précise le montant du nouveau loyer, le trimestre de référence utilisé, les valeurs de l'ILC appliquées et la date d'effet de la révision. Toute omission ou retard peut entraîner une contestation ou un report de l'indexation.
Exemple chiffré avec les dernières valeurs publiées
Au troisième trimestre 2025, l'ILC s'établit à 137,09, contre 137,71 au troisième trimestre 2024. Pour un loyer initial de 8 000 €, le calcul donne : 8 000 × (137,09 / 137,71) ≈ 7 964 €. Le loyer diminue de 36 € par mois, soit une économie annuelle de 432 € pour le locataire.
Si votre bail prévoit une révision au deuxième trimestre, l'ILC de cette période s'élevait à 136,81 en 2025, contre 136,71 en 2024. Le calcul devient : 8 000 × (136,81 / 136,71) ≈ 8 006 €. La hausse reste minime, à peine 0,07 %.
- ILC T3 2025 : 137,09 (variation annuelle : -0,45 %)
- ILC T2 2025 : 136,81 (variation annuelle : +0,07 %)
- ILC T1 2025 : 135,87 (variation annuelle : +0,96 %)
- ILC T4 2024 : 135,30 (variation annuelle : +2,01 %)
Les baux concernés par l'ILC et les exceptions
L'ILC s'applique aux baux commerciaux et artisanaux immatriculés au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) ou au Répertoire National des Entreprises (RNE). Cela couvre les boutiques, restaurants, ateliers artisanaux et autres locaux à vocation commerciale, dont les locataires bénéficient de droits au renouvellement du bail.
En revanche, les baux professionnels tertiaires, comme les bureaux ou les locaux de professions libérales, peuvent utiliser l'Indice des Loyers des Activités Tertiaires (ILAT) en alternative, depuis la loi du 18 juin 2014. L'article L145-34 du Code de commerce autorise cette substitution si elle figure dans le contrat.
Les baux purement industriels ou logistiques recourent parfois à l'ICC seul, notamment lorsque la nature du bien justifie un lien direct avec les coûts de construction. Chaque situation requiert une analyse du type d'activité et des clauses contractuelles.
Évolution récente de l'ILC et perspectives pour les bailleurs et locataires
Les données du 3ème trimestre 2025 et la première baisse observée
Le troisième trimestre 2025 marque un tournant avec un recul de 0,45 % sur un an. Après plusieurs trimestres de hausses soutenues, cette baisse constitue un signal de détente inflationniste. Pour les locataires, cela se traduit par une réduction concrète du loyer ou une stabilisation bienvenue.
Cette évolution s'explique par le ralentissement de l'inflation générale et une stabilisation relative des coûts de construction. Les bailleurs doivent anticiper un contexte moins favorable aux augmentations automatiques, tandis que les locataires retrouvent une certaine marge de manœuvre budgétaire.
| Trimestre | Valeur ILC |
|---|---|
| 2025 T3 | 137,09 |
| 2025 T2 | 136,81 |
| 2025 T1 | 135,87 |
| 2024 T4 | 135,30 |
| 2024 T3 | 137,71 |
L'accélération post-2021 liée à l'inflation
Entre 2021 et 2023, l'ILC a connu une progression marquée, atteignant un pic de +5,97 % au troisième trimestre 2023. Cette hausse résultait de la flambée des prix à la consommation et des coûts de construction, amplifiée par les tensions sur les matières premières et l'énergie.
Pour un bail indexé sur cette période, un loyer de 10 000 € en 2021 pouvait dépasser 11 500 € fin 2023. Cette accélération a pesé lourdement sur la trésorerie des commerces, notamment dans les secteurs fragilisés par la crise sanitaire et ses conséquences économiques.
Depuis 2024, la tendance s'inverse progressivement. Les variations annuelles se réduisent, passant de +3,03 % au troisième trimestre 2024 à -0,45 % un an plus tard. Cette normalisation reflète un retour à une inflation plus modérée et une stabilisation du secteur du bâtiment.
Comparaison avec les autres indices de révision des loyers

L'ILC se distingue de l'Indice de Référence des Loyers (IRL), réservé aux logements vides ou meublés. L'IRL repose uniquement sur l'indice des prix à la consommation hors tabac et loyers, sans composante construction. Son évolution diffère donc de celle de l'ILC, généralement moins volatile.
L'ILAT, destiné aux baux tertiaires, combine 50 % d'IPC, 25 % d'ICC et 25 % de PIB. Cette inclusion du Produit Intérieur Brut introduit une dimension macroéconomique plus large, souvent plus favorable en période de croissance soutenue.
- IRL : 100 % IPC hors tabac et loyers, pour les logements
- ILC : 75 % IPC + 25 % ICC, pour les commerces et artisans
- ILAT : 50 % IPC + 25 % ICC + 25 % PIB, pour les bureaux et professions libérales
- ICC : 100 % coût de la construction, pour certains baux industriels
Calendrier de publication et prochaines échéances
L'Insee publie l'ILC environ trois mois après la fin de chaque trimestre. La prochaine publication, attendue fin mars 2026, concernera le quatrième trimestre 2025. Ce délai permet aux bailleurs et locataires de préparer les calculs de révision et les notifications.
Les données officielles paraissent au Journal Officiel sans révision ultérieure, garantissant une stabilité juridique. Vous pouvez consulter la série complète des valeurs sur le site de l'Insee (série 001532540) pour effectuer des projections ou vérifier l'historique de votre bail.


